Le guide pour porter la cravate: combinaisons, fautes de gout à éviter

Les différences peuvent paraître subtiles, mais j’ai tout de même identifié les fautes de goût les plus évidentes. Il est crucial d’harmoniser le style des vêtements portés. Cette compétence se développe avec le temps et l’intérêt pour la mode et son histoire, ainsi qu’en apprenant à reconnaître les belles matières et motifs travaillés.

Cette section est longue car j’ai voulu diversifier au maximum les exemples. En pratiquant abondamment, vous assimilerez progressivement ces petites règles implicites parfois difficiles à mettre en mots.

I Les cravates à pois

a) Non

Les deux photos suivantes ont été très populaires sur Pinterest, probablement parce qu’elles évoquent vaguement le domaine financier et ont pu inspirer les débutants voulant maîtriser les codes vestimentaires formels.

Ce qui saute aux yeux en premier, c’est la façon désastreuse dont la cravate est nouée, semblant être rapidement glissée dans la veste. Le nœud de cravate ne remplit pas correctement le col cutaway largement ouvert. La pochette ne fait pas bonne impression non plus : elle n’est pas censée être parfaitement pliée, mais ajoutée au reste, cela ne fonctionne pas du tout.
De plus, le mannequin est assez imposant ici, donc il n’était peut-être pas nécessaire d’ajouter des rayures horizontales et un col cutaway pour accentuer l’effet.
Une cravate unie en soie aurait été préférable pour adoucir cette tenue déjà chargée.
Enfin, cette combinaison donne vraiment l’impression d’un costume financier (col contrastant blanc et rayures bleu marine) et nécessiterait des tissus plus nobles ainsi qu’une présentation plus soignée pour paraître crédible.

On retrouve à peu près le même problème ici : un nœud qui ne remplit absolument pas correctement le large col cutaway. On observe aussi un exemple flagrant de surabondance de couleurs assorties sur un costume : les nuances de bleu sont exactement les mêmes sur les rayures de la chemise, les pois de la cravate et les carreaux du costume.
Le motif des rayures sur la chemise est excessivement chargé et grossier tout comme celui des pois sur la cravate (surtout à cause du contraste entre un bleu trop clair et du noir en arrière-plan). Cette chemise rappelle encore une fois l’univers financier ce qui ne s’accorde guère avec les carreaux du costume (qui font penser à une version ratée du Prince-de-Galles).

b) Oui

Voici une tenue plus simple, avec une cravate en grenadine de soie (reconnaissable à sa texture légèrement en nid d’abeille). On remarque un bel équilibre des matières : la grenadine de soie apporte une touche travaillée sans être trop lisse par rapport à la veste en Prince de Galles au style léger campagnard. Les rayures de la chemise sont assez épaisses et décontractées, s’accordant bien avec l’ensemble. Le bleu des rayures de la chemise et des carreaux est similaire, tandis que celui de la cravate est plus électrique et profond. Sur ce look campagnard, chercher un accord parfait des couleurs aurait été malvenu.

Dans un style un peu plus décontracté, on retrouve un costume tweed beige avec pochette pour une allure élégante mais simple. Malgré le détail du revers boutonné qui donne une apparence habillée, le reste du look reste sobre avec une chemise oxford à col boutonné. Pas besoin d’assortir la couleur de la cravate à celle du revers ici ; le blanc négligemment disposé sur la pochette suffit comme rappel discret aux pois de la cravate.

Le deuxième ensemble est plus formel et mieux réalisé que les premiers looks : les rayures sur la chemise sont plus discrètes et évitent le cliché du col blanc contrastant. La veste est également de meilleure qualité et le pliage carré de la pochette est soigné. En outre, le noeud remplit mieux l’espace sous le col cutaway et on note une belle veste trois boutons où celui du haut se dissimule aisément sous les revers.

Cet ensemble paraît certes austère mais c’est idéal pour ceux recherchant un look formel sans faute possible. Enfin, on découvre un mix subtil entre une cravate à pois rouge orangée associée adroitement à une laine mouchetée country alliant beige et marron clair. Bien que semblant trop chic par rapport à la veste, cette dernière étant classique avec des fines rayures formelles assure une transition harmonieuse dans ce bel assemblage aux couleurs attrayantes.

II Le motif paisley

a) Non

Contraste blanc/violet/noir trop vulgaire, et aussi et surtout l’assortiment horrible cravate/pochette/boutons de manchettes. Rien ne dira mieux que cette tenue « Je suis plein de bonnes intentions mais je ne sais vraiment pas m’y prendre ».

Le motif Paisley était porté par les jeunes hommes de famille aisée en Angleterre et dans les familles prestigieuses américaines. C’était une des rares cravates considérées comme fantaisistes mais acceptables pour un look décontracté. Ici, la chemise à motifs financiers, la pochette exubérante et la pince à cravate sont bien loin de cet esprit. Ce qui dérange le plus dans cette tenue est principalement la largeur excessive de la cravate par rapport aux revers du costume.
De plus, mis à part la cravate, le reste de la tenue est fade et n’apporte rien: tous les regards se tournent vers elle alors qu’elle semble complètement déplacée.

L’association entre la chemise Vichy et la cravate Paisley est ici problématique. L’ensemble est surchargé avec une chemise Vichy qui contraste fortement avec le caractère beaucoup plus formel du reste de la tenue.

Le noeud n’est pas adapté au col, et les couleurs sont peu harmonieuses. La cravate et la pochette ressortent trop sur une chemise blanche sous une veste noire. Il aurait été préférable d’opter pour une chemise bleu clair et une veste bleu marine dans ce cas-ci.

b) Oui

Le motif rare de cette cravate a d’abord attiré mon attention, bien qu’il ne s’agisse pas d’un Paisley, même s’il en est assez proche sur le plan géométrique. Il s’agit ici d’un parfait équilibre entre la luminosité des matières et l’harmonie entre la cravate et la pochette: elles captent la lumière de manière similaire et ont un aspect doré assez semblable. Le tout est adouci par une veste sobre et une chemise à rayures un peu larges (donc légèrement moins formelles) mais dans des tons clairs.

Une cravate Paisley plus classique, surtout plus mate, se marie bien avec une veste à chevrons et une chemise oxford à col boutonné. Une tenue décontractée entre l’esprit Ivy League et celui du Gentleman Farmer respectant les règles de base en termes de proportions avec des couleurs bien dosées (la cravate et la pochette se distinguent sans pour autant éclipser la veste et la chemise). Même scénario sur cette photo, mais cette fois-ci avec un motif Prince de Galles sur la veste.

Le deuxième type de motif Paisley, un peu plus petit et plus conventionnel, se porte de façon similaire à son homologue au motif plus prononcé. Ici, la composition est impeccable en termes de motifs : une chemise rayée, une veste Prince-de-Galles, une pochette à pois aux couleurs simples avec bordure bleu clair.

Cette dernière tenue est plus formelle mais comporte des rayures classiques peu voyantes ainsi qu’une flanelle de laine haut de gamme pour le costume.

III Les cravates à rayures

a) Non

Cette tenue est un vrai désastre: la veste était déjà difficile à porter seule, et la cravate ne fait qu’aggraver les choses.

Avec une cravate fine et des revers fins, mais un col de chemise beaucoup trop large et une veste mal ajustée, je conseillerais d’éviter une cravate aussi chargée en détails (tricot et rayures horizontales) lorsque le reste de la tenue est très simple.

b) Oui

Croyez-le ou non, mais ce type de tenue se porte généralement près du feu le week-end en lisant un bon livre. La veste et la cravate correspondent parfaitement à ce style décontracté mais habillé, avec des carreaux légèrement bleutés qui font écho aux rayures de la cravate. Le nœud est bien fait et le choix des couleurs crée un joli contraste.
La pochette Paisley ajoute une touche sophistiquée tout en restant dans des tonalités de couleur similaires.

IV Les cravates unies

a) Non

Le nœud de la cravate ne convient pas au col cutaway. La couleur du costume est trop précieuse et moderne pour être portée avec cette cravate en tricot.

Le costume a une texture trop lisse pour être associé à cette cravate. La pochette contraste trop et ne s’harmonise pas avec le reste de la tenue.

Il y a un rappel vulgaire et peu subtil de rouge dans l’ensemble de la tenue : il aurait fallu jouer sur des nuances plus subtiles, notamment en choisissant une veste aux teintes moins neutres.

b) Oui

Les deux cravates Atelier Particulier, une en laine et cachemire et l’autre en grenadine de soie, sont portées avec des vêtements unis qui mettent en valeur leur texture. Le manteau beige dans la première photo et le pull gris dans la seconde photo complètent parfaitement les cravates sans les éclipser grâce à leurs couleurs neutres.
Les cravates en tricot de laine ont également un style décontracté, comme le montrent les compères de chez Monsieur London qui les associent à des vestes country en Prince de Galles ou petits carreaux.
Les accessoires sont minutieusement choisis, avec une pochette et une écharpe aux couleurs contrastantes pour mettre en valeur la cravate.
Un petit rappel important sur l’importance des couleurs : utilisez l’outil colordb pour vous aider à bien assortir vos tenues, c’est une méthode quasi mathématique infaillible. Cette ressource a été mentionnée dans un article précédent du blog.

Cravates unies et vestes en coton

J’ai longtemps préféré les vestes en laine pour leur durabilité et leur polyvalence, idéales selon moi pour le printemps et l’été. Cependant, après avoir essayé des vestes en coton au Cambodge, je dois avouer qu’elles ont leurs avantages : une texture plus mate et brute avec un tombé tout aussi élégant. Elles se marient parfaitement avec des cravates unies décontractées, même en tricot. Le coton est également un bon choix pour accompagner les cravates en coton, une matière surprenante par sa richesse de couleurs et de textures.

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