Il n’y avait pas encore d’articles sur ce sujet, et pourtant bien choisir et apprendre à nouer correctement sa cravate est l’un des thèmes les moins intuitifs de la mode masculine. Si votre père ne vous a pas enseigné ces compétences, il était difficile de les acquérir sans Internet.
Il était de plus en plus urgent de se renseigner sur le sujet, car la cravate revient désormais dans des tenues décontractées. Autrefois essentielle en milieu professionnel formel, elle devient progressivement facultative avec l’avènement d’un style de travail plus décontracté. Pour certains, elle est même considérée comme dépassée au profit d’une approche managériale plus jeune privilégiant le jean, la veste et la chemise.
Bien qu’elle demeure le symbole de l’autorité, sa disparition progressive pourrait finalement la rendre un moyen original de se distinguer et d’exprimer sa personnalité, après avoir été associée à la conformité. Cet article présente donc les principaux critères pour reconnaître une bonne cravate en termes de qualité ainsi que les différences entre motifs et textures (par exemple entre une cravate paisley en soie et une cravate tricotée en laine). Des tutoriels sont également inclus pour vous aider à choisir le bon nœud pour votre cravate et à bien le réaliser.
Je vous expliquerai prochainement comment porter correctement une cravate et surtout comment bien l’assortir en évitant certaines erreurs courantes. Ce sujet fournit suffisamment d’exemples pratiques méritant un article complet.
I Signes de qualité
1 La matière
Pour sentir la qualité d’une cravate, les experts parlent de sa « main »: elle dépend surtout de la texture, du poids et du toucher du tissu.
La cravate en soie cousue est celle qui offre le meilleur équilibre en termes de qualité de la main et de richesse des motifs.
2 Les finitions
Le fil de tension se trouve dans la partie la plus fine de la cravate. Il y a une petite boucle sur laquelle on peut tirer pour tendre le tissu détendu avec le temps. Le passant arrière maintient cette partie fine. Une couture à la main assure un bon maintien, particulièrement avec trois points.
Coudre le fil de tension à la main offre plus de flexibilité et une meilleure chute du tissu. La couture doit parfaitement relier les deux côtés de la cravate à sa doublure.
Le point d’arrêt est une couture placée juste avant l’ouverture, là où le fil de tension est fragile, pour le renforcer.
Ce schéma d’Atelier Particulier donne une excellente illustration:.
II Les motifs
Il y a deux façons de créer un motif :
– en tissant des fils de différentes couleurs pour former une figure proche du jacquard.
– en imprimant directement sur de la soie brute ou teinte, déjà cousue.
1 Les motifs tissés
Certains motifs de cravates sont soit classiques, soit vulgaires. Il n’est pas toujours évident de les distinguer intuitivement, sauf pour les imprimés les plus outrageants. La meilleure approche consiste à bien connaître les motifs classiques et leur origine afin d’éviter toute erreur. Les motifs emblématiques du 20ème siècle trouvent leurs racines en Angleterre, notamment dans les cravates de Macclesfield, une petite ville du Lancashire. Ces motifs simples dérivent des carrés, losanges et cercles, souvent dans des nuances de noir, blanc et gris. Ils sont un choix sûr pour les occasions formelles comme les mariages et demeurent très appréciés par l’élite britannique.
Une variante plus contemporaine est le motif Spitalfield (nommé d’après la ville située en banlieue de Londres), caractérisé par des motifs plus larges et extravagants, comportant généralement entre deux et quatre couleurs. Moins stricts que les motifs de Macclesfield, ils offrent une polyvalence accrue et gagnent rapidement en popularité.
Le motif plaid
Sa géométrie est plus complexe avec des rectangles superposés, inspirée des tartans et des kilts. Habituellement en laine, il a été revisité en soie pour un côté plus chic. L’effet de relief créé par la superposition des rectangles apporte de la profondeur à une tenue lorsqu’il est associé à d’autres motifs, rendant un costume uni moins monotone. Évitez de les porter dans des situations très formelles : selon la tradition britannique, ils sont réservés aux chefs de clans écossais.
Les rayures
Elles viennent à l’origine des cravates portées par les soldats britanniques dans les colonies, arborant les couleurs de leur garnison. De retour en métropole, les soldats exhibaient fièrement leur cravate pour montrer leur appartenance.
Une particularité significative : les rayures descendent de gauche à droite, suivant la logique d’une veste qui se ferme avec le côté gauche sur le côté droit.
Brooks Brothers a suscité la colère des anciens soldats en proposant des cravates rayées aux mêmes couleurs mais avec des rayures dans la direction opposée. La marque américaine justifie ce choix par un profond respect pour les régiments britanniques, afin d’éviter toute confusion involontaire.
Pour les soldats et puristes britanniques, le tort était fait : les Américains portant ces cravates au Royaume-Uni étaient perçus comme de nouveaux riches.
Avantage morphologique : Ces rayures inclinées permettaient d’affiner la silhouette et de rendre plus minces les visages un peu ronds.
Cravates imprimées
Les cravates en polyester sont moins chères, plus faciles à fabriquer et offrent une plus grande variété de motifs. Elles représentent la majorité des cravates disponibles actuellement. Le phénomène s’est accentué dans les années 80 avec l’informatisation de la production qui a permis d’utiliser n’importe quelle image. Cela a conduit à une explosion de diversité de motifs, faisant de la cravate en polyester le standard, au point qu’une cravate Mickey en polyester soit désormais plus populaire qu’une traditionnelle cravate Macclesfield en soie.
Le motif Charvet, un des rares all-over sobres
Les motifs trop voyants sur une cravate sont souvent considérés comme vulgaires, mais Charvet fait exception. Ces cravates ont été remarquées dans les stations balnéaires françaises dans les années 20 par l’élite américaine pour leurs dessins à la fois discrets et audacieux. Elles pouvaient être portées aussi bien avec des costumes à motifs que des costumes unis.
Les pois (ou polka dots en anglais), un motif accessible
Les pois, motif classique de la mode masculine, sont censés honorer le dieu du soleil. Une bonne association est une cravate à pois avec un costume gris anthracite rayé. En termes de couleur, optez pour le bordeaux, bleu foncé, bleu clair en été ou marron pour un look campagnard.
Règle importante concernant les pois : ils doivent être blancs, ne pas dépasser 2 mm de diamètre et ne jamais être espacés de plus d’1 cm.
Le motif Paisley, à la fois le plus BCBG et le plus obscène d’entre eux
Motif babylonien également adopté par les Indiens, le paisley symbolise pour Freud la fertilité (vous savez pourquoi) et donc la virilité.
Pour certains, c’est le seul motif imprimé sur une cravate qui peut être accepté par les hommes de bonne famille en raison de son héritage Ivy League. C’est un peu la cravate funky des plus conservateurs d’entre nous.
Dans une tenue, le paisley n’est ni à rayures, ni à carreaux, ni à pois : c’est l’un des rares motifs classiques largement acceptés pouvant apporter de la consistance à une tenue.
Il s’agit d’une cravate très traditionnelle dans la mode britannique, généralement portée en rouge et bleu.
Plus de diversité avec la marque Marinella.
Les rayures: le signe d’appartenance par défaut
Les cravates à motifs club ont gagné en popularité dans les années 20 grâce au sport, notamment auprès des joueurs de golf et de polo. Hermès a lancé la tendance dans les années 50 avec des motifs comme des chevaux, puis des éléphants et d’autres dessins originaux. Les cravates club classiques sont généralement rayées, symbolisant traditionnellement l’appartenance à un groupe ou une institution, comme cela se faisait dans les écoles britanniques prestigieuses, les régiments militaires et les clubs de rugby. En général, plus les rayures sont larges et colorées, moins le statut associé est noble ou prestigieux. Cependant aujourd’hui, porter une cravate club aux couleurs vives n’est plus nécessairement interprété comme une appartenance à un groupe spécifique.
Il est recommandé d’éviter absolument les cravates club avec des écussons qui peuvent être encore plus ostentatoires que celles à simples rayures. En contexte formel strict, il est considéré comme inapproprié de porter de faux blasons sur sa cravate. Le pire cas serait celui des cravates à deux larges rayures comportant d’énormes écussons.
Porter ce type de modèle peut être mal perçu en termes de bon goût vestimentaire au même titre que arborer fièrement un polo Ralph Lauren orné du joueur de polo en grand sur le devant.
Cravates unies
Les cravates unies sont essentielles pour adoucir une tenue déjà pleine de motifs. Elles peuvent également ajouter des détails avec des textures jouant sur les variations de ton sur ton.
La grenadine de soie est une texture que j’apprécie particulièrement, rappelant presque le tricot en laine mais avec plus de finesse. C’est l’une des rares textures très élaborées qui peut être portée aisément dans un contexte formel.
Le cas des cravates en laine
Pour obtenir des textures sophistiquées, il est recommandé d’utiliser une laine fine de qualité, souvent en cachemire ou parfois en mélange soie et cachemire. Le motif de chevrons est généralement privilégié pour ce type de cravate.
III Le nœud de cravate
Quel nœud de cravate choisir ? Alan Flusser affirme que le choix du nœud de cravate s’apprend généralement de père en fils et évolue ensuite en fonction du style personnel. En revanche, pour Luciano Barbera, le nœud de cravate dépend plutôt de l’époque et des tendances de la mode.
La plupart des hommes ne maîtrisent qu’une seule façon d’attacher leur cravate et la portent dans toutes les occasions sans tenir compte par exemple de la forme du col.
Les critères à prendre en compte
Un nœud trop petit par rapport à un col large, avec des pointes très écartées, se remarque immédiatement et est rédhibitoire.
Cela sera encore plus évident avec un nœud énorme dépassant d’un petit col, aux pans étroits.
Il faut tenir compte de l’ouverture du col de la chemise.
Un col très ouvert, formant un angle supérieur à 90 degrés, nécessite une cravate plus large, se rapprochant d’un triangle. Tandis qu’un col droit, formant un angle inférieur à 60 degrés, requiert un nœud de cravate plus fin et allongé.
Le physique entre également en jeu : un cou large et musclé s’harmonisera mieux avec un nœud de cravate proportionnel tandis que les personnes plus minces pourront porter un nœud plus petit et élancé.
Enfin, il convient de prendre en compte la cravate elle-même : une cravate épaisse en soie, avec une texture travaillée (comme la grenadine de soie), sera mieux mise en valeur avec un nœud épais et triangulaire.
Les cravates à motifs comme les club nécessitent quant à elles un nœud plus discret tel qu’un simple.
Le nœud simple (en anglais le Four in Hand)
Il est une version plus décontractée du nœud papillon.
Son origine remonte au 19ème siècle : selon la légende, les cocher pouvaient le faire à une main tout en conduisant leur carrosse à quatre chevaux de l’autre main (astucieux !)
La cravate dans une main, les 4 chevaux dans l’autre, ni vu ni connu.
Ce nœud de cravate est le plus polyvalent et le plus simple à réaliser. Il s’adapte à davantage de cols de chemise grâce à sa relative finesse (comparé aux épais nœuds Windsor). Sa forme conique convient à un plus grand nombre de formes de visage que les Windsor qui ajoutent trop d’horizontalité et contrastent trop avec les visages allongés.
Voici la vidéo la plus simple que j’ai trouvée: (le point de vue aide bien).
Le demi Windsor
C’est une version plus petite du nœud Windsor, parfois appelée Simple Windsor. Il a une forme plus triangulaire que le nœud simple. C’est idéal pour un col de chemise avec une ouverture moyenne et une cravate épaisse. C’est une bonne option pour les personnes grandes car il nécessite moins de longueur de cravate. C’est l’un des nœuds les plus polyvalents mais aussi les moins utilisés.
Voici une autre vidéo:.
Le Windsor
Surnommé le nœud double Windsor en France, c’est l’un des nœuds les plus populaires chez les hommes actuellement (c’est du moins celui le plus recherché sur Google).
Pourtant, il ne convient pas vraiment à tout le monde et n’est pas si facile à réaliser correctement. De plus, il est adapté seulement à des occasions bien spécifiques.
Sa forme est plutôt triangulaire et s’harmonise principalement avec les cols cutaway qui ont une large ouverture (et donc avec de larges cous). Il met en valeur les cravates rayées ou celles avec des imprimés Paisley. Pour ce nœud, une cravate assez longue est nécessaire car il requiert deux passages.
Un détail chic : les puristes du style et de l’élégance britannique considèrent que la combinaison Double Windsor + col cutaway est vulgaire et déplacée en raison de son aspect massif et voyant.
En général, tout ce qui rappelle le duc de Windsor est associé à une période sombre du classicisme britannique.
Voici une troisième vidéo :
J’ai trouvé ces vidéos plutôt bien réalisées sur le site Tieclub, où vous pouvez également trouver des informations sur d’autres façons de nouer sa cravate.
La cuillère
La touche finale d’un nœud de cravate, c’est ce petit repli juste en dessous du nœud, qui ressemble à une cuillère et donne un aspect plus élégant. Cela ajoute de la classe à la cravate et lui confère une finition parfaite. Il suffit de pincer le centre de la cravate sur toute sa longueur (même à l’arrière du nœud) au moment où vous serrez votre nœud pour réaliser cette étape.